En Sarthe des Chrétiens en Marche, des liens avec la CCBF

Contribution au questionnaire préparatoire au synode sur la famille

 Lundi soir 6 janvier 2014, salle Pierre Perret au Mans, une grosse trentaine de personnes a répondu à l’invitation de Chrétiens en marche 72. Etait proposé, de 20h30 à 22h30, un temps de discussion autour du questionnaire préparatoire au synode sur la famille. Après de brèves présentations, l’assemblée s’est d’abord répartie en quatre carrefours (le mariage selon la loi naturelle, les situations matrimoniales difficiles, les unions de personnes de même sexe, l’ouverture des époux à la vie). Chaque carrefour a ensuite présenté à l’assemblée une synthèse des échanges. La soirée s’est conclue par le partage de la galette.

Rapport des différents carrefours :

  • 1.    Le mariage selon la loi naturelle.

 

  • Beaucoup ignorent tout de la notion et de sa signification.
  • Elle est héritée de la philosophie grecque ancienne qui pose que le comportement de l’ensemble des choses et des êtres est réglé par un principe englobant et supérieur de telle sorte qu’avoir une conduite transgressive par rapport à ce principe est contre-nature.
  • Il est absurde de se référer encore aujourd’hui à une telle conception des choses, même si dans le jugement des comportements, demeure la tendance à penser qu’est « naturel » quelque chose qui s’est « toujours fait comme cela » et qu’il est « difficile d’envisager les choses autrement ».
  • Ce qui compte aujourd’hui c’est le souci des personnes d’être reconnues comme des personnes et de construire les relations (par exemple : de couple) au sein desquelles pourra s’épanouir leur être de personnes. Il nous faut faire le deuil de la « loi naturelle » (par ailleurs « européocentrée ») et privilégier la construction par les personnes elles-mêmes de leurs relations.
  • Il faut que l’Eglise accepte de courir le risque que sa théologie soit « écornée » et aussi le pouvoir qu’elle cherche à maintenir par ce biais.
  • Le mariage n’est pas d’abord ce qui est réglé par une « loi naturelle » mais le sacrement que se donnent des personnes qui choisissent de « faire alliance».
  • Il faut relire Gn 1,27. Il n’est pas dit que Dieu a créé l’homme et la femme mais : « Dieu créa l’homme à son image, mâle et femelle il le créa ». C’est seulement ensuite que l’homme et la femme s’entre-reconnaissent mutuellement comme des personnes.

 2.    Situations matrimoniales difficiles.

  • Le groupe a évoqué trois types de situations : les relations « avant » le mariage, les personnes séparées, divorcées, divorcées-remariées, les couples «mixtes » (de religions différentes).
  • Concrètement, le vécu de ces situations diffère de la position officielle de l’Eglise. Se contenter d’énoncer « la loi » est difficile. Alors les personnes rencontrées « aménagent » le discours officiel et sont dans les faits bien plus accueillantes et ouvertes. Quand par exemple les convocations à la préparation au mariage sont adressées à deux personnes qui habitent manifestement à la même adresse, cela ne pose aucun problème.
  • Le décalage entre ce qui est dit et ce qui est fait montre qu’il est impossible de généraliser, le parcours de chacun est différent. Au lieu de penser en «blanc / noir », « le mariage ou rien », l’Eglise devrait s’ouvrir à la pluralité, proposer plusieurs chemins possibles. Pourquoi un accompagnement seulement pour le mariage ? Il a plusieurs manières d’être ensemble.
  • L’Église ne peut plus travailler seule, des équipes doivent être mises en place. Les bonnes volontés existent. Et ce qui existe devrait être plus visible pour que chacun sache vers qui se tourner !
  • Pour les personnes séparées, divorcées, divorcées-remariées, la position officielle de l’Église rajoute de la souffrance à la souffrance alors que l’Église devrait être la lumière au bout du chemin, celle qui invite à avancer malgré tout et à espérer…
  • La déclaration de « nullité » n’est pas la bonne solution.
  • Dans l’accompagnement des familles, des adolescents, plutôt que de rappeler la loi et le dogme, il faut que l’Eglise se « reconnecte » avec aujourd’hui.

 3.    Union des personnes de même sexe.

  • Plutôt que de la position du Magistère, on a envie de partir du vécu, des expériences concrètes dans les familles, le cercle des proches.
  • La confrontation à l’homosexualité peut être perturbante, mais il est souvent donné de voir que l’amour est fort et cela ouvre le cœur.
  • On n’est pas là pour juger mais pour recevoir. Et Dieu est amour : Dieu s’exprime aussi dans ces relations.
  • La différence de regard est grande entre les générations.
  • Dans les manifestations récentes autour du mariage gay, il y a eu un vif contraste entre des jeunes peu pratiquants mais animés de valeurs évangéliques et des jeunes très pratiquants mais violents dans leurs propos.
  • Il y a une réalité de l’accueil, y compris dans l’Eglise, mais cela se fait souvent entre deux portes, avec beaucoup de non-dit.
  • Inacceptable : le refus par un prêtre de donner la communion à une personne dont il connaissait la situation. Problématique : l’imposition à certains de se présenter à la communion en croisant les bras sur la poitrine.
  • Il faut partir de l’Evangile. L’amour est premier. Et la conscience des personnes est souveraine.

 4.    L’ouverture des époux à la vie. 

  • Jésus ne parle jamais de la famille comme lieu d’évangélisation.
  • A quel modèle de famille chrétienne se réfère-t-on ? « Catho », « avec beaucoup d’enfants » ? On semble ne pas se préoccuper de l’évolution des conditions de vie matérielles, professionnelles, sociales, affectives.
  • La famille n’est pas toujours un lieu d’épanouissement.
  • Humanæ vitæ a été écrite pour un couple idéal sans tenir compte des facteurs réels de la vie de couple. Par exemple, il n’y est jamais question du plaisir.
  • Il peut y avoir deux représentations de la création. Une représentation « fixiste » : un homme, une femme, des enfants. Une représentation selon laquelle l’homme est co-créateur : il y a de multiples manières de créer, de donner la vie. Le désir de donner la vie est présent en chaque personne et la fécondité ne se réduit pas à la dimension « biologique ».
  • A un couple, plutôt que de donner des lois, il serait plus important de demander : quel est votre projet de couple, de famille, etc. ?
  • Que l’Eglise nous considère comme des adultes, des personnes capables de déterminer elles-mêmes ce qui convient le mieux.
  • Pour la vie sexuelle l’Eglise énonce des règles et s’estime compétente, alors que dans sa doctrine sociale, elle se contente d’indications, de conseils et pense qu’elle n’est pas totalement compétente.
  • L’Eglise a peur de tout ce qui est nouveau.

Le Mans, le 9 janvier 2014

Pour CeM 72 : Gwennaëlle Destouesse, Yves Sallard

 

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Commentaires sur: "Questionnaire préparatoire au synode sur la famille" (2)

  1. Rochon a dit:

    Vous trouverez un lien qui renvoie au site du Vatican et à l’Exhortation apostolique du même bienheureux Jean-Paul II sur les questions familiales : Familiaris Consortio. Ce texte, reprenait toute la problématique avec l’éclairage du Concile et un grand souci des problèmes actuels.

    http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_exhortations/documents/hf_jp-ii_exh_19811122_familiaris-consortio_fr.html

    Dans la mesure où on parle en chrétien, on ne peut faire l’impasse sur la doctrine du Christ, telle qu’elle a été transmise et interprétée par ceux à qui le Christ a dit : « Qui vous écoute, m’écoute. »

  2. Michel Pecha-Soulez a dit:

    Je suis assez d’accord avec vos conclusions, notamment avec celles sur la « loi dite naturelle ». J’ai rencontré l’évêque d’Angers à propos du Mariage pour tous et il m’avait cité que le fait de ne pas tuer était issu de la loi naturelle. Curieuse déclaration qui ne tient aucun compte de la réalité. La loi du Tallion, les luttes pour la vie etc…témoignent du contraire.
    Sur la famille il faut bien préciser que la famille de Jésus est tout sauf « naturelle ». Et c’est heureux car Jésus ne serait pas Dieu. Il faut regarder son comportement et ses paroles sérieusement. La famille dite traditionnelle est une création du milieu du XIX° siècle et se termine « en sifflet » depuis le milieu du XX° siècle.
    La sexualité n’a jamais ete vue par l’Eglise, elle est même bannie de la notion de mariage qui au XIII° siècle considère que la « copulatio carnalis » ne doit exister que dans le but procréatif (et encore c’est selon beaucoup de théologiens un péché véniel.
    Enfin dernière remarque, la famille chrétienne des dominants au XIX° siècle n’est pas particulièrement procréative. L’homme visite les maisons closes et la femme est enfermée au foyer. L’Elise s’en accommode, est-ce une position sérieuse ou hypocrite?

    Michel Pecha-Soulez

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