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Prêche de notre curé

lundi 12 novembre 2012

Monsieur le Curé,

Nous avons assisté à l’office de dimanche 7 octobre. Nous ne pouvons accepter les termes et les déclarations tant de votre prêche que des diverses déclarations faites au cours de l’office. Le but de cette lettre est de vous expliquer pourquoi. Pour que les choses soient claires, nous allons fêter le 50ème anniversaire de notre mariage et c’est en grande partie à cause de cette expérience et de ma formation de docteur en Histoire médiévale que nous nous élevons contre ce qui nous est apparu comme des approximations, des formulations erronées ou outrancières. Nous comprenons qu’un prêtre n’est pas forcément un historien, un sociologue ni un expert és-sexualité ou en vie commune.

Trois points évoqués méritent des commentaires : la référence à un seul récit de la Genèse et la chronologie entre Exode et Genèse, le rôle des mentalités dans l’évolution de la pensée de l’Eglise et la vision d’une famille abusivement dite « traditionnelle ».

Vos commentaires ont caché les divergences sur la naissance de la femme et par conséquent sur son rôle, entre la version Elohiste et la version Yavhiste de la Genèse. Ce n’est pas innocent de prendre celle qui minimise le rôle de la femme. Le regard de l’Eglise sur la femme a certes évolué, mais il reste en décalage avec la société et la version de la société est plus crédible que celle de l’Eglise. Une émission, hier sur LCP, rappelait le rôle néfaste d’une lecture littérale de la Bible qui affirmait, en accord avec les mentalités de l’époque de sa rédaction, que la femme devait enfanter dans la douleur. Cette affirmation en liaison avec la vue Augustinienne du péché originel ne saurait être acceptable et pourtant elle fut « traditionnelle » durant de nombreux siècles. Nous savons que l’ex-pape avait pris des positions au sujet de la place de la femme, refusant, au nom d’une fidélité aux mentalités de la patristique, le sacerdoce à celles-ci, demandant que les filles ne soient pas « enfants de choeur….etc. Heureusement ce qu’un pape fait un autre le défait. Mais ce qui est plus grave c’est l’image donnée par l’Eglise du Christianisme, ringardisé et étroit, au nom d’un rigorisme normatif et déphasé. Il faut être honnête et reconnaître l’absence d’univoquicité de la Bible sur de nombreux sujet et sa nécessaire lecture sous le regard de la critique historique et exégétique. Cet aspect a été absent de vos dires et nous le regrettons.

Vous avez affirmé que les règles de l’Eglise ne devaient pas être marquées par les mentalités et sous-entendus par leurs évolutions. Or ces affirmations sont en décalage complet avec ce qui s’est passé dans l’histoire de l’Eglise, dans son évolution historique de sa création comme secte juive à Vatican II. La négation de cette corrélation revient à dire que l’Incarnation fut un fait historique et qu’elle ne se fait plus en notre temps. C’est la mettre au musée et par conséquent la nier.

Comment ne pas rappeler que les mentalités ont guidés et souvent précédés les règles de l’Eglise.  Nous ne pouvons citer que quelques cas dans lesquels l’Eglise a suivi la société :

-La condamnation de l’esclavage par l’Eglise (Les conciles Mérovingiens subordonnent la création de paroisse à la « fourniture » d’un couple d’esclave pour le curé !).

-La définition de l’Inceste au temps de la réforme Grégorienne (Référence aux déclarations surprenantes du Cal Barbarin) mélangeant famille « spirituelle » et famille « biologique »»

-La condamnation des jeux du cirque.

-La sacramentalisation du mariage contre la position des théologiens qui voyaient dans le mariage le prélude inéluctable au péché de chair (dans l’optique de la Parousie) et ce au XII° siècle (Latran III). Jusqu’à cette date, le mariage était du domaine privé, ce que l’Eglise avait accepté pendant XII siècles allait être rejeté par cette même Eglise à l’époque contemporaine.

-L’acceptation de la République et l’abandon des déclarations de Pie IX allant contre l’évolution des mentalités.

-Le terme mis au Grand Schisme, initié par les cardinaux, maintenu par les papes, au grand scandale des chrétiens et réglé, manu militari par l’empereur Sigismond.

-Le rejet de l’accouchement sans douleurs (initié par l’URSS donc forcément mauvais et contre la position de la Bible).

-La position contre la contraception non suivie et déclarée contre l’avis des experts choisis par Paul VI.

-La condamnation dans les faits et dans la réalité de la pédophilie (Que de mariages ont été contactés entre des enfants et bénis par l’Eglise, que de pratiques récentes du clergé ont été occultées par la volonté de Jean-Paul II),

-Le refus de la castration en plein XIX° siècle, alors que cette pratique avait été maintenue pour le seul bénéfice de la musique papale, musique sans femme. La pureté ( ?) des Papes méritait-elle ces pratiques honteuses.

-Les mensonges de la Papauté, telle celle concernant la « fausse » donation de Constantin. La fausseté de ce texte fabriqué au Vatican au IX° siècle a été reconnue dès le XIV° siècle mais a servi de justification aux guerres anti-garibaldiennes et unificatrice de l’Italie au XIX° siècle.

Nous arrêtons la cet inventaire à la Prévert, mais il est loin d’être exhaustif et montre volontairement la diversité des situations.

Heureusement les mentalités ont obligé l’Eglise à changer.

Pour terminer qu’est-ce que la famille traditionnelle ? Celle des premiers siècles, de la patristique, de la chasteté sans descendance, celle de l »Ancien Régime des Temps Modernes, celle des ducs et pairs de France au XVII-XVIII° siècle (deux ou au maximum trois enfants, un pour le nom, une pour les alliances claniques et si surnuméraire un pour l’Eglise, source d’enrichissement), celle du XIX° siècle, celle du XX° siècle, la famille recomposée, la famille en bataille rangée qui pour maintenir un lien disparu se déchire (tant pis pour les enfants), celle homoparentale, celle polygame du temps de Jésus…… Comment plaquer sérieusement une notion morale voulue définitive sur des conceptions évolutives

La sociologie et l’histoire le montre avec évidence la notion de famille traditionnelle n’existe pas. Ce que vous appelez abusivement comme telle n’a existé qu’à un moment de l’histoire et la position de Jésus vis-à-vis de l’adultère est à l’évidence une position en relation avec les mentalités et pratiques, non seulement juives, de son époque.

Nous sommes à votre disposition pour en discuter, mais nous ne saurions en notre âme et conscience, assister aux offices que vous présidez sans transgresser les vérités et les espoirs que, malgré tout, nous mettons dans une Eglise qui actuellement cherche l’avenir en marche arrière. L’Histoire, même religieuse, ne se refait jamais, elle est perpétuelle nouveauté

Sentiments distingués.

 

Michel et Annick P-S

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Commentaires sur: "Prêche de notre curé" (1)

  1. Donner une réaction sans donner ou avoir accès aux termes et aux déclarations tant du prêche que des diverses déclarations faites au cours de l’office du 7 octobre, avec diffusion sur le site CM 72 ne me semble pas une démarche qui respecte un débat public appelé de mes voeux.

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