En Sarthe des Chrétiens en Marche, des liens avec la CCBF

Suscitation à être

LE BAPTEME ou LA SUSCITATION A ETRE

Bénévole dans un hôpital depuis 18 ans, j’ai réfléchi à la place que tient le bénévole dans un service hospitalier et au regard porté sur lui. Sa place est « à part », le bénévole est gentil et sans compétence particulière. Son désir de rendre service le rend touchant ou maladroit, selon le point de vue. Il va et vient au milieu des soignants. Les nouveaux bénévoles se plaignent systématiquement de leur « transparence », on ne leur dit pas bonjour, on passe devant eux en les ignorant. Ils n’ont aucune « transmission » sur le cas des enfants. L’hôpital leur fait une place, a même besoin d’eux (des milliers d’heures sont passées auprès des enfants malades) mais va rarement organiser des réunions avec eux pour échanger, parler du tuilage avec les autres associations, avec l’éducatrice etc… L’appel à la réflexion, à l’observation, à l’expérience des bénévoles ne sera pas d’actualité. Cependant si, par extraordinaire, un responsable associatif propose une réunion avec l’équipe hospitalière, les bénévoles ont un mouvement de recul : « qu’avons-nous à dire ? Pourquoi se déplacer encore une fois ? Préparer une intervention et prendre la parole ? Mettre en mots cette expérience de vivre en plein milieu d’un service hospitalier ? Mais qui cela intéresserait-il ? Non, nous n’avons rien de particulier à dire, nous venons pour les enfants et c’est tout. » Est-ce si difficile de prendre la parole depuis cette place-là ?

Les deux sociétés « Hôpital et bénévoles » « Eglise et fidèles » comportent beaucoup de similitudes. La structure hiérarchique pyramidale. L’appel aux bonnes volontés et au désir de bien faire. Les professionnels salariés et le bénévolat. Ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Le manque de lieux où les chrétiens pourront exprimer leurs réflexions, leurs observations, leurs projets. Là encore, tous les chrétiens ne souhaitent pas être considérés comme des citoyens responsables possédant le droit de vote. Savoir ce que l’on doit faire et ne pas faire, être dans ou en dehors des clous, obéir et ne pas remettre en questions les directives, toutes attitudes reposantes pour l’esprit. La grande difficulté, la vraie difficulté ne vient pas d’abord de « la hiérarchie lointaine » mais des subordonnés qui souhaitent le rester.

L’EGLISE institution envisage-t-elle le fidèle comme un sujet à part entière ? Un partenaire ? Un sujet de sa majesté ou un sujet tel qu’en psychanalyse ? SUJET qui voit, qui entend, qui ressent des émotions, qui réfléchit, qui observe, qui pense et qui a des idées.

« Un bon chrétien », voilà une expression remplie d’idées toutes faites : un homme ou une femme dévoué(e), discret, obéissant avec enthousiasme au projet de paroisse, donnant de son temps, de son argent, un être humain qui ne remettra pas en question la pensée de l’Eglise à haute voix et en public. Le chrétien ne doit être ni orgueilleux, ni égoïste, ni exigeant. Il doit méditer en son coeur et prier.

L’image du troupeau est-elle mal comprise ? Le troupeau constitué de moutons anonymes, semblables et obéissants à un maître. Ou bien le troupeau constitué de moutons différents, que le berger connaît par leur nom et chacun a sa vocation propre. Le chrétien, le croyant, le disciple a conscience d’être la demeure de Dieu, d’être appelé à être Co- créateur avec Dieu. IL EST SUSCITE A ETRE. Il n’est pas une marionnette entre les mains de Dieu.

L’équipe paroissiale souhaite du monde à la messe, des catéchumènes, des baptêmes, des mariages, des enterrements, des activités d’entraide, des visites aux personnes seules, une belle kermesse et des « temps forts ». Souhaite-t-elle des paroissiens qui apportent leur sens critique (au sens constructif) qui apportent de nouvelles idées, qui ont envie de s’engager mais pour des projets qu’ils initient en partie et qui leur tiennent à coeur ? Qui baignent dans la société et qui ont un regard éclairant ? Et ces mêmes paroissiens sont-ils prêts à retrousser leurs manches, à réfléchir, à tâtonner, à essuyer des critiques, à remettre en questions leurs actions, à faire des bilans ?

Difficile exercice que de devenir un sujet responsable, qui travaille pour le bien commun avec créativité, persévérance, et sans tirer la couverture à soi…

Difficile exercice que de découvrir chez ceux que nous «dirigeons » de bonnes idées auxquelles nous n’avons pas encore pensé…

Difficile exercice que la démocratie et la recherche du consensus. Ils ne peuvent exister qu’avec des valeurs et un projet partagé par tous… Ils ne peuvent exister que lorsque deux personnes pensant différemment ne se sentent pas de facto « ennemies ».

Quelle facilité, quel repos, lorsque nous n’avons qu’à suivre, qu’à obéir, qu’à nous laisser porter.

Créés à l’image de Dieu, allons-nous dire nous aussi « Je SUIS » ? Sera-ce le verbe être ou le verbe suivre ?

La Conférence catholique des Baptisés de France renverse les habitudes de passivité, de soumission ou d’infantilisation induites par l’éducation, l’école, le bénévolat, l’église … Chacun est nécessaire pour « lancer » véritablement cette conférence et lui donner corps. Les fondatrices ne souhaitent pas tout diriger. Elles souhaitent même prendre un peu de champ. Tollé général : « nous avons besoin de vous ! » Oui, comme repères, comme boussoles, comme fondement. Mais elles comptent sur nous, sur nos forces vives, notre enthousiasme, nos amitiés neuves et A NOUS DE NOUS LANCER A L’EAU ! Elles ne sont pas nos parents qui nous disent ce que nous avons à faire ! A nous de réfléchir, de proposer, d’oeuvrer avec les autres adhérents et en lien avec tous. Et si les propositions ne sont pas faciles à concrétiser, nous n’oublions pas la belle persévérance !

Mon coeur sait que ce mouvement est juste, il le sait de façon certaine : LA SUSCITATION A ETRE EST OEUVRE DE L’ESPRIT SAINT.

Lévinas : « avoir à répondre de son droit d’être » Entre Nous

Eugen Dreuwermann : « C’est seulement en Dieu que le sentiment de pouvoir vivre pour rien – sentiment de pouvoir vivre sans être constamment écrasé par le poids de la culpabilité due à nos propres exigences ou à celles des autres- s’éveille. Sentiment souverain que ce sentiment de soi-même qui s’éveille. Le pouvoir d’agir en liberté sans avoir de reproches à se faire. » Interprétation du conte de Grimm La jeune fille aux mains coupées.

Je ne peux m’empêcher de penser aux premières communautés chrétiennes : il y a un murmure qui se propage, léger, que chacun retient dans son oreille et propage à son tour. Des rencontres, des tête-à-tête, des réunions, des idées qui rassemblent, des décisions à prendre où tout l’avenir est en jeu, mine de rien. Chacun reçoit les autres chez lui. Il y a de l’hospitalité dans l’air. Il n’y a pas de bureau ni d’adresse, il y a ce deuxième murmure du site internet, des mails, du forum interne. En quelques mois, la réaction de deux femmes est devenue un mouvement parisien qui essaime à toute allure en province. Le murmure parcourt les plaines et les paysages. Bientôt, il passera les frontières.

Cécile Vuillaume

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